"Ce qui distingue les organistes ? ...c'est l'improvisation"
me répondait il y a près de 60 ans, l'abbé
Louis Robert, curé d'une petite église des Charentes,
avec qui je découvrais, émerveillé, l'oeuvre
d'orgue de Bach, à quatre mains, sur l'harmonium du village...
Depuis, les styles, le phrasé, ont apporté bien
d'autres éléments mais l'improvisation reste le
domaine le plus secret et le plus fascinant de l'organiste et,
plus rarement encore, du pianiste.
Olivier Messiaen, dans une de ses dernières émissions
à la radio déclarait : "Il y a des gens qui
sont pourtant de merveilleux musiciens et qui ne peuvent absolument
pas improviser".
Celà n'a pas été le cas de Francis Vidil
car, dès l'enfance, et presque malgré lui, il a
toujours improvisé, et avec quelle facilité, quelle
abondance d'idées! La maitrise des styles lui est si naturelle
que, très jeune, il lance la formule du Récital
d'improvisation à l'orgue ou au piano, avec ou sans la
participation vivante du public proposant au musicien des thèmes
musicaux ou poétiques ...
Les quatre grandes improvisations sur un thème de Naji
Hakim se placent ici sur un tout autre terrain : celui du développement
d'un thème unique pendant qaurante minutes, dans un style
dont la rigueur n'empêche ni la générosité
ni la beauté harmonique, ni une intense vie rythmique et
celà dans un langage très personnel.
Est-ce une suite de variations ? Plutôt une succession de
regard différents sur un sujet unique dont Francis Vidil
va tirer toute la "substantifique moëlle". Effectivement,
ce beau thème offre une infinité de possibilités,
grâce à des cellules très caractérisées,
aisément reconnaissables, que l'improvisateur va retenir,
s'approprier et laisser proliférer.
Les titres en sont Allegro Cavallo, Bombardo, Inferno, Vittorio.
A l'intérieur de ces Allegros et de leur référence
appuyée aux fanfares de cavalerie, nous trouverons des
plages de préparation, des moments de réflexion,
de gravité même, des éléments fugués,
des trouvailles harmoniques, tout celà mettant en valeur,
avec une conduite rythmique extraordinairement innovante, la présentation
ou le retour des différentes Toccatas, l'organiste étant
tout à la joie d'utiliser les mille possibilités
de ce bel orgue de 50 jeux d'Oberthür et de son impressionnant
grand choeur de chamades.
Il nous reste à suivre l'improvisateur, à profiter
avec enthousiasme de sa marche qui évoquera une épopée,
guerrière ou spirituelle, faite de combats et de renoncements
qui mèneront, à travers différents plans,
à la victoire, en renouvelant toujours et encore les possibilités
du thème et jusqu'à l'infini ...
Jean Aubain
Compositeur, Premier Grans Prix de Rome
Directeur Honoraire du Conservatoire National de Région
de Versailles